
Une méthodologie conçue spécifiquement pour capter un public en situation d’illettrisme
BVA People Consulting a réalisé pour l’Observatoire de l’Intérim et du Recrutement (OIR), avec l’appui de l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI), une étude ayant pour objectif de comprendre les parcours, les difficultés, les freins à l’emploi, ainsi que les besoins des salariés intérimaires ayant une maîtrise insuffisante des compétences de base (dits salariés « en situation d’illettrisme »). Ces compétences incluent la lecture, l’écriture, le calcul et d’autres compétences nécessaires à l’autonomie dans la vie courante. L’enjeu de la Branche du travail temporaire est de proposer un accompagnement adapté pour favoriser l’accès, le maintien et l’évolution dans l’emploi des intérimaires concernés.
« Nous avons souhaité entendre directement les salariés sur leurs parcours, les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent, les personnes les plus à même de les accompagner dans leur progression sur les savoirs de base. Nous ne voulions pas partir de nos éventuelles représentations mais bien des attentes des individus. »
La méthodologie repose sur une enquête téléphonique menée en juin-juillet 2024 auprès de 524 intérimaires, ciblés grâce à un plan d’échantillonnage et un système de scoring élaboré en collaboration avec l’ANLCI. Le dispositif permet d’identifier les personnes susceptibles d’être en situation d’illettrisme, tout en respectant le fait qu’elles ne se reconnaissent pas nécessairement comme telles. Ce scoring comprend des questions relatives au niveau de scolarité, au recours à l’aide de proches pour les démarches administratives ou à l’utilisation des outils numériques, entre autres. Des entretiens ont aussi été menés avec des intérimaires et des entreprises de travail temporaire, afin d’approfondir la compréhension de ces situations et des besoins d’accompagnement.
Le travail temporaire : une voie d’accès à l’emploi plus aisée qu’un processus classique de recrutement
Les intérimaires recensés par cette étude sont majoritairement ouvriers ou employés, et exercent dans des secteurs comme le BTP, l’industrie, la logistique ou la restauration. Ils possèdent souvent un niveau de diplôme CAP ou BEP, voire aucun diplôme. Près de la moitié de ces intérimaires déclare, par ailleurs, rencontrer des difficultés financières, situation à mettre en relation avec le frein à l’emploi et à l’accès aux droits que les difficultés de lecture ou d’écriture peuvent générer.
Le travail intérimaire est perçu comme une voie d’accès plus simple à l’emploi, comparativement aux démarches classiques de recrutement complexes pour ces profils. Ils estiment que les entreprises prennent moins de risques en recrutant via l’intérim, ce qui facilite leur embauche.
« Le rôle de l’agence d’intérim comme intermédiaire entre le salarié et l’entreprise semble rassurant pour certains salariés intérimaires en difficulté sur les compétences de base. »
La majorité d’entre eux se déclarent satisfaits de leur situation en intérim, mais les deux tiers souhaiteraient bénéficier de davantage de missions ou d’heures de travail. Ils n’osent, toutefois, pas toujours postuler par crainte de rencontrer des difficultés d’adaptation.
Des freins rencontrés au plan administratif et professionnel, et l’expression de besoins à couvrir pour pouvoir évoluer
Les démarches administratives représentent un obstacle pour une grande partie de ces intérimaires. En effet, 68 % d’entre eux déclarent avoir besoin d’aide pour accomplir certaines démarches, notamment en ligne, principalement de leur entourage familial ou des conseillers d’agence. Une part importante de ces intérimaires combine des échanges dématérialisés à des contacts directs, téléphoniques ou en agence, pour pallier leurs difficultés numériques.
Bien qu’ils ne maîtrisent pas toutes les compétences de base, une partie des intérimaires dotés de compétences techniques solides accèdent facilement à l’emploi et sont tout à fait autonomes dans leur travail. D’autres rencontrent des difficultés dans des situations professionnelles nécessitant des compétences de base et peuvent refuser des missions en raison de leur complexité, de l’éloignement géographique ou encore des démarches administratives qu’elles impliquent.
Si des initiatives sont menées, l’accès à la formation de ces intérimaires reste limité. 78 % d’entre eux indiquent n’avoir suivi aucune formation au cours des deux dernières années. Ceux qui en ont bénéficié en tirent des enseignements contrastés : certaines formations ont été jugées utiles, tandis que d’autres ont été perçues comme inadaptées ou incomplètes. Malgré cela, une majorité d’intérimaires souhaite, en priorité, développer leurs compétences techniques, afin d’accéder à des missions plus nombreuses, mieux rémunérées et de se sentir plus à l’aise dans leur travail.
Grâce aux enseignements de l’étude, quatre axes d’action se dessinent
L’étude met en lumière le rôle central des agences d’intérim dans l’accompagnement de ces publics, tout en soulignant la nécessité de concevoir des outils adaptés pour détecter les situations de maîtrise insuffisante de compétences de base. Les dispositifs d’accompagnement existants, tels que « Langue & Compétences » ou « Mission possible », apportent des réponses à certaines situations, mais l’offre doit être enrichie pour une réponse pleine et entière aux besoins et motivations des intérimaires en situation d’illettrisme.
« L’étude sera une source d’informations à destination du FPE TT et de l’ANLCI lorsqu’ils mettent en place des dispositifs sur mesure pour les salariés intérimaires sur la maitrise des compétences de base. »
Quatre axes d’action sont proposés à la Branche du travail temporaire :
1. Sensibiliser et mobiliser les acteurs de l’intérim sur les enjeux liés à la maîtrise des compétences de base et sur les bénéfices d’un accompagnement renforcé.
2. Adapter les outils de diagnostic existants, afin qu’ils soient mieux intégrés au fonctionnement des agences.
3. Ajuster les dispositifs de formation aux compétences de base, pour qu’ils soient plus accessibles, personnalisés et efficaces.
4. Renforcer le lien entre les dispositifs de formation et les services sociaux du FASST (Fonds d’Action Sociale du Travail Temporaire), afin de lever les freins périphériques à l’emploi.
En conclusion, cette étude révèle que les intérimaires ayant une maîtrise insuffisante d’une ou plusieurs compétences de base (lecture, écriture, calcul…) souhaitent majoritairement améliorer leur situation professionnelle. Pour cela, ils attendent un accompagnement renforcé, des formations adaptées et un environnement sécurisant, tant sur le plan personnel que financier.
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